L’agriculture est concernée par le déréglement climatique de deux façons. D’abord, elle va devoir s’adapter: les conditions climatiques changent, ce qui va signifier changer de productions et de méthodes, et les événements extrêmes (pluies, sécheresses) vont se multiplier, mettant en danger les récoltes. Ensuite, elle est une solution fantastique: elle permet de capter une quantité extraordinaire de carbone et sa biomasse pourrait participer à remplacer les produits fossiles comme carburant et comme matières premières.

C’est donc l’un des terrains d’innovation écologique les plus fertiles. Pourtant il y a un danger : la mécompréhension dont elle fait l’objet. Le grand public la connait mal, les politiciens pas beaucoup mieux. Comment, dans ces conditions, savoir quel changement encourager ? Pour permettre à la société de réellement s’approprier le sujet et d’avoir un aperçu de la complexité de l’agriculture, nous allons étudier ces six grands thèmes:

  • L’histoire de l’agriculture
  • La production agricole
  • La génétique en agriculture
  • La question des sols
  • Les nuisibles et comment les gérer
  • L’eau et l’irrigation

J’approfondirai ultérieurement deux autres:

  • L’élevage
  • La foresterie

Quand vous aurez lu ce dossier, vous comprendrez pourquoi j’écris souvent agricultures au pluriel.

L’histoire de l’agriculture

« Farming does not just happen, whether it is ancient, historic or modern. It is an extremely complex process requiring great skill in balancing the different component elements, inputs and outputs, gambling against the greatest uncertainty of them all, the climate, and managing to have sufficient reserves to survive the worst possible outcome.

Reynolds, ‘Ancient farming’, 1987, p. 49; Bieleman 2015, p.18

L’agriculture a commencé à apparaitre dans divers endroits du globe (amérique centrale, Proche-orient, Chine …) à partir du Xe millénaire avant notre ère et s’est petit à petit diffusée dans le monde entier. C’est une histoire fascinante, qui apprend énormément de choses sur l’agriculture moderne.

Par exemple, dès l’antiquité les champs Français (et globalement, européens) étaient entièrement destinés aux céréales ou en jachère (avec, à part la vigne). Les autres légumes ou plantes étaient cultivés à petite échelle, dans les jardins. L’élevage avait une part centrale dans ces systèmes: l’un des principaux enjeux était de réussir à transférer la matière végétale des pâturages vers les champs cultivés grâce au bétail. C’était d’ailleurs tout l’objet de la révolution agricole médiévale: grâce aux progrès de la mettalurgie, charettes et chariots ont pu se développer, on a donc enfin pu (à grande échelle) mettre le bétail en stabulation et faire du foin. Le transfert de fertilité du pâturage au champs était, ainsi multiplié.

Le point le plus extraordinaire est qu’on n’est sorti de cette agriculture fondamentalement antique que dans la seconde moitié du XIXe siècle, date à laquelle les systèmes sans jachère ont enfin pris le pas sur les systèmes archaïques, avec jachère. On parle souvent de l’agriculture de nos grands parents comme d’un horizon (heureusement) très lointain. Toutefois, il faut garder à l’esprit que leur propre agriculture était extrêmement récente: eux-mêmes n’étaient pas loin d’une agronomie similaire à celle pratiquée pendant l’antiquité et focalisée exclusivement sur le blé.

Pour aller plus loin, notre article sur l’histoire de l’agriculture.

La production agricole

Pour comprendre l’agriculture, il faut connaître les statistiques: combien produit-on de blé dans le monde ? Quels sont les grands flux ? Quels sont les pays exportateurs / importateurs ?

Il faut aussi en comprendre l’économie. Il y a actuellement plus de 7 milliards d’humains à nourrir et la quantité de personnes malnourries est passé de 8.4% en 2020 à 9.9% en 2021. La quantité de personnes faisant face à la faim au sens de la FAO étaient entre 720 et 811 millions. N’y a-t-il pas assez de nourriture pour tout le monde ? Comment fonctionne le système de production et de distribution de la nourriture ? L’agriculture est, on a tendance à l’oublier, une activité économique avec des particularités fortes, comme l’importance des circuits de distribution, son marché foncier et sa régulation, son intégration dans l’écosystème industriel.

Nous approfondirons également chaque culture: depuis quand cultive-t-on du maïs en France ? Quelle est l’histoire et la géopolitique du riz ? Qu’est-ce que le manioc ?

C’est un dossier très volumineux que nous vous proposerons dans notre article sur la production agricole.

La génétique en agriculture

Il y a peu de domaines autant mécompris que la génétique en agriculture. Tout d’abord, le génie génétique est aussi vieille que l’agriculture. Les fermiers ont de tous temps tenté de sélectionner les graines qui avaient les meilleurs caractéristiques. Le contraste est parfois stupéfiant lorsqu’on compare les plantes modernes à leurs ancêtres, notamment pour le maïs et la tomate.

S’agissant des méthodes plus modernes de manipulation génétique, elles sont utilisées depuis de nombreuses années par plusieurs pays: Etats-Unis, Canada, Australie … Si on connait surtout les OGM résistants au glyphosate (Roundup Ready) c’est loin d’être le seul OGM disponible. Il y a notamment les variétés « BT », qui synthétisent un insecticide, le bacille de thuringe. Ces derniers permettent en moyenne aux agriculteurs de réduire la quantité d’insecticides utilisés et d’augmenter leurs revenus. Ce ne sont néanmoins que deux exemples: les possibilités se multiplient. On voit apparaître des plantes résistantes (= souffrant moins) à la sécheresse et des plantes enrichies en nutriments. D’autres méthodes, très récentes, ouvrent de nouvelles perspective: les NBT et CRISPR

Nous finirons avec un point sur la réglementation du secteur, qui tend à se libéraliser (sauf en Europe) et pose une question très difficile : qu’est-ce qu’un OGM ?

Pour aller plus loin: notre article sur la génétique en agriculture.

Les sols agricoles

Le sol est une sorte d’acquis pour la plupart des gens: c’est le truc marron qu’il y a par terre et qui colle aux chaussures. Au contraire, pour l’agriculture, c’est une ressource précieuse d’une complexité fantastique. Tout d’abord, c’est là où la plante récupère ses nutriments, il faut donc qu’il ait la bonne quantité d’éléments: phosphore, potassium et azote (=engrais).

Il a aussi de nombreuses autres caractéristiques: sa texture, sa porosité (est-ce qu’il laisse passer l’eau ou non ?), le nombre de vers de terre, la teneur en carbone … Sa capacité à « tenir » est aussi importante: un grand problème dans le monde est l’érosion des sols, qui peuvent être emmenés par la pluie ou par le vent.

Pour aller plus loin: notre article sur les sols agricoles.

Les pestes et leur gestion

Il y de nombreux dangers qui menacent les récoltes. D’abord, les mauvaises herbes risquent d’envahir vos champs. C’est non seulement un problème en termes de compétition (elles privent vos cultures de ressources), mais cela peut aussi être un problème sanitaire. Beaucoup de mauvaises herbes sont toxiques, la plus connue étant sans doute la Datura.

Les insectes sont évidemment une autre menace. Tout le monde a en tête l’invasion de pucerons en 2020, qui a ravagé les récoltes de betteraves en répandant un virus, la jaunisse nanisante. Les altises sont également actuellement un fléau, qui envahit petit à petit la France et dont les larves dévorent les jeunes pousses.

Les plantes peuvent également être colonisées par des champignons, dans le plus connu est sans doute le mildiou. Très commun, c’est notamment lui qui a causé une grande famine en Irlande entre 1845 et 1852. Un autre fléau bien connu des agriculteurs (ainsi que des jardiniers) est l’oidium.

Contrairement aux images un peu romantiques qui circulent beaucoup, si vous « laissez faire la nature », vous n’aurez simplement pas de récolte.

Description de cette image, également commentée ci-après
Une altise

Pour faire face à ces dangers, les agriculteurs ont trois types de solutions:

  • Les solutions agronomiques, comme la rotation de culture
  • Les solutions chimiques (herbicides,
  • Pour les mauvaises herbes, le travail du sol.

Un peu en transversalement à tout cela, vous avez le « biocontrôle » qui « est un ensemble de méthodes de protection des végétaux basé sur l’utilisation de mécanismes naturels ». Cela inclut des solutions purement « chimiques », comme les phéromonies, comme agronomiques, comme l’introduction de coccinelles.

Nous aborderons également la réglementation autour des produits phytosanitaire, qui traduit bien la complexité de la relation de l’agriculture avec la nature: il s’agit de mobiliser durablement ses forces tout en contenant ses menaces.

Pour aller plus loin: notre article sur les nuisibles et leur gestion.

L’eau et l’irrigation

On a souvent le sentiment que l’eau est un acquis: elle tombe du ciel, il suffit d’ouvrir le robinet pour en avoir … Parfois il y a des restrictions, mais à quel point est-ce que cela nous affecte ? Pas le droit de remplir sa piscine, quel drame … En agriculture, au contraire, c’est un enjeu absolument crucial. La manière la plus rapide pour le comprendre est de regarder la réaction de la photosynthèse: CO2 + H2O (+ lumière + chlorophylle) → (HCHO) + O2. Donc pas d’eau, pas de photosynthèse, pas de plante. Une plante sans eau, c’est une plante qui étouffe littéralement.

L’irrigation a d’ailleurs été l’un des principaux leviers de la puissance agricole de nombreuses sociétés antiques, comme l’Egypte et les Incas. Aujourd’hui, c’est un levier pour protéger la croissance des récoltes, notamment des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents.

Pour aller plus loin: notre article sur l’eau et l’irrigation.

L’élevage

L’élevage est un sujet tellement vaste, que j’avais d’abord pensé le traiter sur un autre site. Néanmoins, il n’est en réalité pas possible de le séparer de la culture des plantes. Dès l’origine les deux activités sont depuis toujours indissociablement liées. Par exemple, les principales innovations médiévales de l’agriculture ont tourné, en Europe, sur la gestion du fumier: invention des charettes, étables … Comment transporter la fertilité des pâturages (saltus) vers les champs productifs (ager) ?

Encore aujourd’hui, les deux activités sont indissociables: l’élevage valorise des productions variées, comme la luzerne ou les pulpes de betteraves, ce qui permet de diversifier les assolements et, en contrepartie, fournit des engrais.

Pour aller plus loin: notre article sur l’élevage (à venir).

La foresterie

Enfin, dernier volet de l’agriculture: la foresterie. La culture des arbres est-elle une culture comme les autres ? Quelles sont ses pratiques ? Ses débouchés ?

Pour aller plus loin: notre article sur la foresterie (à venir).


Ceux qui vous parleront le mieux de l’agriculture, ce sont encore les agriculteurs. Je vous invite à suivre notamment les @fragritwittos, une communauté d’agriculteurs bienveillants et intéressants (et en plus, vous remplirez votre fil de photos de jolis paysages et d’animaux mignons <3). C’est eux qui m’ont sensibilisé à la complexité de l’agriculture. Vous avez également beaucoup d’agriyoutubeurs qui montrent et expliquent concrètement leur travail. Enfin, vous pouvez trouver des podcasts créés par des gens qui, comme moi, pensent qu’on devrait mieux comprendre l’agriculture.